Impitoyable, peut-on quand même changer le marché du travail ?

Impitoyable, peut-on quand même changer le marché du travail ?

Kevyn-Gagné

Faut-il être fou pour vouloir rejoindre le marché du travail en 2018 ? C’est -un peu- ce que croit notre chroniqueur…

La vie est courte, le temps passe vite, et la mort arrive trop rapidement une fois que la cloche de la retraite retentie. Encore à des années-lumière de la retraite, il faut vraiment être au bout du rouleau pour compter chaque jour qui nous sépare de ce moment.

Tellement écœuré de travailler dans des conditions merdiques, et dans un système gangréné pour plusieurs décennies encore, plusieurs préfèrent sauter dans le temps et perdre chaque bon moment à vivre seulement pour ne plus être un esclave du travail.

C’est la réalité de beaucoup de travailleurs québécois, et l’avenir souhaité n’est que la résultante d’une blessure et d’un profond malaise. Mais avant d’en arriver à la retraite, il faut bien commencer quelque part un jour.

Sans trop me poser de questions, lorsque j’avais 12-13 ans, je voulais travailler pour me faire de l’argent, point. Pas de questions, ni d’appréhension sur l’emploi. Deux seules craintes: la première, serais-je payé cette semaine? Et la seconde, aurais-je mon augmentation salariale de 0,12$. À ce chiffre-là, peut-on vraiment parler d’augmentation?

Les temps ont bien changé. Porté par la remise en question de la notion de travail, nous ne voyons même plus l’intérêt de travailler dans le contexte actuel. Tout est bouleversé et les conventions passé se redéfinissent à vitesse grand V.

On ne va plus travailler; on va se faire chier au travail!

On ne rentre plus travailler l’esprit tranquille; on rentre travailler stressé comme ça ne se peut pas, en plus de craindre de quelconques représailles! Peu importe notre genre, on marche sur des œufs, le cul serré, et on fait tout pour ne pas éternuer.

Malheureusement, en 2018, les relations de travail et le merveilleux monde du travail semblent tristement se limiter à ceci:  harcèlement, agression, intimidation, pression, épuisement professionnel, exténuation, éclatement des rêves, et la liste continue.

Que des éléments très invitants pour se joindre au marché du travail, n’est-ce pas!

Tu pensais décrocher avant l’obtention de ton diplôme du secondaire pour aller travailler? Je t’invite à reconsidérer ta position avant de rejoindre l’infâme marché du travail… D’un autre côté, nous complétons nos études, devenons insomniaques, se battons pour un stage, développons de l’anxiété pour se trouver un premier emploi, puis un second, et tout ça, afin de rejoindre un marché du travail qui n’a aucune pitié pour aucun d’entre nous.

Le rêve s’est brisé quelque part.

Je plains et je ressens un inconfort pour les plus jeunes qui se joignent à nous sur le marché de l’emploi. Il n’y a rien de reluisant, et encore moins de quoi être fier, puisque c’est nous, entre autres, qui avons créé ces conditions. Je vous invite à faire quelques lectures sur le sujet…

Il me semble qu’il faut être fou, ou du moins fait fort, et ne pas être trop fataliste, pour vouloir rejoindre le marché du travail en 2018!

Vous voulez mettre des lunettes roses ? Je passe mon tour aujourd’hui. Vous vous dites que je ne fais que mettre les éléments négatifs en lumière, puisqu’il y a beaucoup plus de points positifs et que ce n’est pas aussi pire que ce que je dépeins aujourd’hui.

Je veux bien et je vous fais confiance sur ce point. Mais quand même, ça prend une grande gueule comme moi, ne serait-ce que pour dire que le marché du travail est parfois laid, cruel, sans pitié, et qu’au final, ce marché n’en a rien à foutre de nous, une fois la force de travail utilisée et les taxes et impôts payés.

Nous sommes encore loin de la coupe aux lèvres, nous ne sommes pas encore en mesure de constater l’évolution du marché de l’emploi suite aux vagues de dénonciations et à la conscientisation des masses. Nous sommes donc encore loin d’être en mesure d’évaluer et de mesurer l’impact des derniers changements.

Je suis néanmoins confiant que de ces conceptions négatives, et de ces actes répréhensibles, émergeront une forte et solidaire affirmation de soi, une redéfinition générale des politiques d’entreprises, une refonte des valeurs et des cultures d’entreprise, et une meilleure définition de nos limites et de ce qui est acceptable ou non en tant qu’employé.

Un jour, le soleil se montrera le bout du nez.

Kevyn Gagné est professionnel et vulgarisateur RH au service des employés et des employeurs. Le comportement humain, dans le monde du travail, est au cœur de ses interventions. Parfois drôle, parfois cru, mais toujours dans le respect de la personne, ses propos ne laissent pas indifférents. Il vous fera voir les RH autrement.

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