Les entreprises locales du numérique se disent victimes des multinationales

Les entreprises locales du numérique se disent victimes des multinationales

Les dirigeants du secteur dénoncent que les crédits d’impôts les enrichissent  et provoquent la pénurie de main-d’oeuvre…

Les crédits d’impôt et les subventions salariales consenties aux multinationales étrangères dans le milieu des technologies numériques nuisent à la croissance des entreprises locales en plus d’accentuer la pénurie de la main-d’œuvre dans le secteur, selon quatre dirigeants d’entreprises locales.

« Ça fait 10 ans qu’on est en plein emploi alors nous, on a beaucoup de difficulté à comprendre comment on peut continuer de prétendre qu’on crée des emplois quand on attire des entreprises étrangères », déplore le président et chef de la direction de Coveo, Louis Têtu, en entrevue à ICI Première.

La sortie de M. Têtu s’inscrit dans la foulée de la publication d’une lettre d’opinion, dont il est l’un des quatre cosignataires, dans plusieurs médias québécois. Les auteurs dénoncent les incitatifs fiscaux consentis aux multinationales étrangères dans le milieu des technologies numériques.

Le président et chef de la direction de Stingray, Eric Boyko, le président et chef de la direction de Lightspeed, Dax Dasilva, de même que le président et chef de la direction de Hopper, Frederic Lalonde, sont les autres cosignataires du texte.

Création ou déplacement d’emplois

M. Têtu déplore que les politiciens parlent de création d’emploi quand un géant du numérique ou du jeu vidéo débarque à Montréal ou ailleurs au pays. « Nos politiciens vont appeler ça des investissements et les gens vont penser que ce sont de bonnes nouvelles, fulmine-t-il. Ce ne sont pas de bonnes nouvelles. Chaque fois que ça arrive, c’est un appauvrissement. Le lundi suivant [une telle annonce], les recruteurs se mettent à appeler dans nos entreprises pour vider nos entreprises parce que du talent dans le secteur numérique, il n’y en a plus.

« On est en plein emploi alors on ne peut pas prétendre créer des emplois. Il n’y en a pas de création d’emplois », poursuit Louis Têtu.

M. Têtu déplore que les étudiants formés au Québec et au Canada finissent par enrichir des multinationales étrangères plutôt que d’œuvrer à la croissance d’entreprises locales. « Plus de 50 % des talents qu’on forme à l’Université de Montréal ou de Waterloo vont travailler pour des sociétés étrangères », avance-t-il. « Donc, on exporte cette valeur ajoutée au lieu d’utiliser le fruit de notre éducation, de notre recherche et de nos talents. »

« Nous devons reconnaître la grande valeur économique de ces talents-là qui doivent être investis pour rendre notre économie meilleure et non pour augmenter la valeur des actionnaires de Ubisoft à Paris ou de Google à Palo Alto. »

Des pertes fiscales

M. Têtu ajoute que les sociétés locales que les cosignataires dirigent vont créer de la richesse au pays alors que les multinationales achemineront leurs surplus vers leurs sièges sociaux en laissant peu ou pas de revenus fiscaux dans les coffres de l’État.

Les entreprises locales, en plus de verser des impôts aux gouvernements québécois et canadiens, généreront « des milliards de dollars de gains en capital pour le Fonds de solidarité, la Caisse de dépôt et placement du Québec et Investissement Québec ».

Les signataires de la lettre d’opinion réclament l’abolition de ces mesures qui entraînent des pertes fiscales et privent le Québec de retombées économiques.

M. Têtu suggère plutôt aux politiciens d’investir l’argent de ces subventions versées à des multinationales étrangères dans l’éducation. Une politique qui contribuerait à renforcer l’économie québécoise, selon lui. Au lieu d’envoyer un milliard chez Ubisoft à Paris, ce serait peut-être une bonne idée de mettre un milliard dans nos universités et nos écoles. »

Un boulet pour l’économie québécoise

Les entreprises locales doivent prendre le virage numérique afin de demeurer compétitives, selon le président de Cogeo. « Si nos entreprises ne se numérisent pas en ce moment, il y a fort à parier qu’on va perdre la bataille », avance-t-il.

« Peter Simons à Québec a besoin de numériser son entreprise pour compétitionner contre Amazon et pour ça, ça prend du talent », poursuit Louis Têtu.

L’exode des travailleurs qualifiés du numérique vers des sociétés étrangères entraîne ce nouvel effet pervers, selon M. Têtu, soit celui de ralentir la numérisation des entreprises québécoises.

Sans l’apport des travailleurs qualifiés formés au pays – accaparés par les multinationales étrangères – ces entreprises seront incapables de se numériser. M. Têtu estime que les entreprises québécoises auront besoin de 30 000 de ces travailleurs pour prendre le virage numérique.

Les quatre dirigeants demandent également au gouvernement de faire preuve d’un peu de vision en investissant dans les infrastructures numériques. « Au Québec, il y a 100 ans on construisait des routes, illustre M. Têtu, maintenant on a besoin d’autoroutes électroniques. »

Il y va même d’une suggestion à l’intention des prochains élus : « on devrait utiliser notre électricité pour être le stockage du monde ».

« On a plein d’opportunités dans le numérique, mais dans le moment on donne notre ressource première et essentielle, soit le talent », conclut-il.

 

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